Dans l’escalier du 11 novembre
11 novembre dans mon village; Après la messe, dont l’affluence exceptionnelle a empli l’église,cérémonie au monument aux morts. Sont présents les anciens combattants, les notables, les probables candidats à la mairie. Le maire lit le discours que le Préfet lui a envoyé. S’ensuivent les dépôts de gerbes.
Sur le monument, les noms des habitants de la commune morts pour la France; devant des adultes leur rendant hommage; en arrière-plan l’école neuve et vide ce week-end. Dès demain, les cris des enfants pendant la récréation retentiront aux oreilles des morts. Et ils seront heureux. Car si Barrès a raison de dire que la patrie c’est la terre et les morts, il omet le pourquoi des morts, il oublie les enfants. Pour qui sont morts les soldats de nos guerres honorés aujourd’hui ? Pour défendre leur terre certes. Pour préserver l’oeuvre de leurs pères également. Mais aussi, peut-être surtout, pour transmettre tout cela à leurs enfants. La patrie, la terre des pères nous dit l’étymologie. Mais si nous sommes pères c’est par nos enfants. C’est cela une patrie, un héritage qui se transmet et s’enrichit de générations en générations, un passé pour un avenir.
La République méconnaît cette réalité. Elle ne connaît que des citoyens, pas des familles. Le célibataire est sur le même plan que la mère de famille nombreuse. Celle-ci n’a même pas de statut. Pas de passé pour la république, sinon comme instrument de lutte et de division pour aujourd’hui. Pas d’avenir non plus. L’opinion du moment est reine. Le citoyen, en république, naît orphelin et meurt célibataire comme le souligne le poète de Martigues.
Rien de tel en Royauté. Ce n’est pas un homme seul qui est chef d’État. C’est un fils, héritier de son père; c’est un père qui transmettra la charge à son fils; c’est un époux dont l’épouse n’est pas morganatique. On imagine pas un roi célibataire. Un président… Dès lors l’hommage que rend un roi aux morts pour la France ne peut être purement protocolaire. Il engage nécessairement toute sa personne : comme chef d’État, comme fils, comme père, comme Français.
Bien entendu une nation n’est pas, ‘’stricto sensu », une famille. Mais elle reproduit à un niveau supérieur la même structure symbolique. Le lien entre les deux, c’est l’État. Si l’État ne connaît que des orphelins et des célibataires, alors la nation ne peut être qu’un agrégat conventionnel d’individus. Un contrat n’engageant que le présent. Si, comme nous le croyons, la France est un héritage à transmettre, comme un nom de famille, alors l’État ne peut que s’instituer dans une famille, la famille royale.
L’église de mon village, au bord du causse, domine les maisons. On y descend au monument aux morts par des escaliers. Symbole là aussi. Car une patrie n’a de sens que si elle permet à ses enfants de s’élever jusqu’au Père, par le Fils qui est mort pour eux. Encore une histoire de famille.